Unités et mesures médiévales

« La pièce fait 6m34 sur 10m78 et la hauteur du plafond est de 3m55. Les murs sont de granites noirs et on peut voir ici la marque de l’architecte, mort il y a 400 ans étouffé par son édredon.».

– Le donjon de Naheulbeuk – saison 1 épisode 4 – © Pen of Chaos

La minutie avec laquelle est décrite les règles de la plupart des jeux de rôles médiévaux fantastiques a finalement un impact sur l’ambiance dans la partie en mettant à disposition des tables permettant de déterminer avec la précision d’un horloger suisse la taille d’un personnage ? Et bien, je vous propose de prendre vos distances avec la précision, l’exactitude et l’unicité de nos systèmes de mesures modernes. Soyez les bienvenus dans la monde de l’approximation pifométrique où le système métrique et décimal n’existait pas encore et où un pied ne faisait pas la même longueur d’une région à l’autre !

L’histoire du mètre dans notre monde

Héritées de l’ancien empire romain, les unités et mesures employées comme le pied, le pouce, … pouvaient avoir une définition différente d’un lieu à l’autre.

Comme chacun le sait, puisqu’un kilogramme de plume ne vaut pas la même poids qu’un kilogramme de plomb1, il fallait encore ajouter une disparité dans les mesures que les différentes guildes d’artisans vont mettre en place. En effet, il est plus simple de mesurer un tissu en l’enroulant entre sa main et son coude (d’où la coudée), d’emporter du foin par ballots d’une brassée (littéralement ce qui tient dans les bras)… L’autre outil de mesure classique était la main ou les doigts, comme par exemple pour positionner une ouverture dans une construction… malgré l’aléa et le manque de précision de l’outil de mesure, de nombreuses constructions tiennent encore aujourd’hui !

La multiplication des unités et des mesures est vite devenu un véritable casse-tête pour le commerce, d’autant plus que ces unités n’utilisaient pas non plus un système décimal. Car pour pousser le vice jusqu’au bout, le taux de conversion entre deux unités ne repose pas forcément invariant (1 pied vaut 12 pouces, mais 1 toise vaut 6 pieds) ou pire, il arrivait aussi que des conversions ne tombent pas juste comme par exemple la brasse qui vaut 4 coudées et 8 empans !

François Premier, Colbert et d’autres tentèrent de se rapporter à un système invariant, mais la plupart des tentatives d’unification échouèrent… comme quoi le lobbyisme, c’est pas neuf !

Seulement après la Révolution, le système métrique sera adopté. Le mètre fût alors défini alors comme le dix-millionième de méridien terrestre… facile non ? à cette époque la mesure du dix-millionième de méridien n’était pas encore quelque chose de facile à établir et elle a été à l’origine de nombreuses discussions et désaccords. Le BIPM (Bureau International des Poids et Mesures) redéfinit le mètre en 1889 à l’aide d’un étalon constitué d’une barre d’un alliage de platine et d’iridium. Depuis 1983, c’est la distance parcourue par la lumière dans le vide en 3,33 milliardièmes de secondes.

Transmission d’une mesure

Dans le cas du mètre, pour transmettre la bonne mesure au plus grand nombre, des mètres étalons furent installés dans les villes. Ainsi à Paris, il subsiste au 36 de la rue de Vaugirard l’un des mètres étalons en marbre et laiton du XVIIIème siècle.

Mètre étalon parisien
Mètre étalon du 36 de la rue de Vaugirard à Paris 6ème. LPLT – Travail personnel – CC by-sa

Il suffisait à quiconque d’aller reporter cette mesure avec une corde, un règle en bois ou tout autre appareil de mesure… un saucisson ? pourquoi pas ! La précision dépendant principalement de la qualité des matériaux utilisés à maintenir et à restituer la mesure dans le temps. Vous comprenez maintenant pourquoi le BIPM utilisa un alliage d’iridium et de platine pour son mètre étalon… La plus petite influence de la température, de la pression atmosphérique sur un étalon métallique peut avoir de fâcheuses conséquences.

Dans un monde fantastique

La logique d’une unité dépendait de ce qui était à mesurer, ainsi le temps était rythmé par les prières, les mesures par les contenants les plus appropriés (pintes…) ou entre des distances par les mesures dépendant du mode de transport (la brasse !).

Dans un monde fantastique, il n’y a aucune raison pour que les systèmes de mesures soient plus précis que ceux de notre monde à l’époque médiévale. Peut-être que quelques races très avancées sur la technologie disposent de mesures plus fines et précises liées à leur artisanat.

Des hobbits pourraient avoir un système de mesure de volumes et de masse très précis parfaitement adapté aux dosages pour la cuisine, alors que les nains disposeraient d’un système très complexe et détaillé, avec peut-être une échelle logarithmique pour simplifier leurs calculs de leurs constructions de tailles démesurées.

Il n’est pas non plus anormal que d’autres peuplades non civilisées, comme des orcs par exemple, ne disposent simplement pas d’un système de mesure…

Mesure des courtes distances

Toutes les unités et mesures utilisées au moyen-âge correspondent à la longueur d’une partie du corps humain ou d’un élément naturel. La ligne équivaut au quart du diamètre d’un grain d’orge, soit environ 2,2 mm

Les écartements de doigts peuvent aussi être utilisés pour la mesure.

  • La paume (3) correspond à la largeur de la paume de la main
  • La palme (1) correspond à l’écartement entre l’index et l’auriculaire
  • L’empan (2) correspond à l’écartement entre le pouce et l’auriculaire

 

L’étalon pouvait être le roi, un seigneur local… imaginez si les étalons sont réactualisés avec un nabot qui chausse du 36 alors que son ancêtre était un géant qui chaussait du 48… le pied prend tout de suite une autre dimension 🙂

Mesures de distances courtes

 LignePoucePaumePalmeEmpanPiedCoudéeToise
Lignes112345589144233864
Autre----Paume + PalmeEmpan + PalmePied + Empan-
-----12 pouces-6 pieds

Tiens, y’a un petit malin qui a remarqué que les nombres de lignes des paumes, palmes, empans, pieds et coudées correspondaient à la suite de Fibonacci ?

N’oubliez pas que l’unité utilisée dépend de ce qu’on souhaite mesurer, la coudée est très pratique pour mesurer une longueur de tissu, la toise peut être utilisée pour les constructions… Et si vous doutez de la précision de ces mesures, allez faire un tour dans un château médiéval… ça tient encore debout, alors que l’architecte a mesuré le tout avec ses pieds et ses mains…

Dernière remarque, le rapport entre les paumes, palmes, empans… correspond au nombre d’or… ou en tout cas pas loin (1,61)… haha, on était très fort au moyen âge en fait 🙂

Les outils de mesures sur un chantier

Sur un chantier, un étalon est toujours déterminé et devient une référence pour tous les artisans qui interviendront… sinon, la main ou l’empan d’un maçon de 2 mètres ne sera effectivement pas le même que son collègue vitrier qui fait 1 mètre 50… imaginez l’écart si ce vitrier doit fournir des fenêtres pour la réalisation du maçon précédent ! A partir de cet étalon, chaque artisan peut réaliser deux outils de mesures.

La pige

La pige est une règle en bois sur laquelle sont gravées les unités les plus classiques d’une section d’un pouce carré et d’une longueur d’une coudée. Les autres dimensions : pied, empan, paume, palme sont gravées sur la longueur à l’image d’une règle graduée d’écolier.

La corde à 13 nœuds

La corde à 13 nœuds est simplement une corde munie de 13 nœuds placés à un écart fixe, généralement d’une coudée. Elle permet d’une part de mesurer les coudées, mais aussi de réaliser des calculs : multiplications, divisions, … contrôler les angles par la règle du 3-4-5… tracer des polygones entre 3 et 13 sommets… bref, cette simple corde permet de disposer d’un outil de mesure de distance et d’angle simple à utiliser.

Et une petite vidéo pour résumer tout ça

Voici un extrait d’un reportage sur la construction du château de Guédelon qui traite des mesures sur un chantier médiéval.

Mesurer de longues distances

La mesure des longues distance est moins évidente. On utilise plus souvent une mesure en temps pour représenter la distance entre deux lieux, soit en comptant un nombre de jours à cheval (40km) ou de marche (30km).

Pour les distances plus courtes, le lieu correspondait à 4,40 km en moyenne, car, selon le coin, un lieu pouvait aller de 2000 toises à 3000 toises, donc de 3,8km à 5,8km.

Sur les mers, les marins utilisent la brasse (5 pieds, soit 1m62) et l’encablure (120 brasses, soit 192m).

Mesure de longues distances

 Jour à chevalJour de marcheLieuBrasseEncablure
Pieds--12 0005600
Mètres40 k30 k3 8981,62192
Autre--2 000 à 3 000 toises-120 brasses

Mesurer les masses et les volumes

Les masses subissent aussi le traitement, ainsi la brassée est l’unité la plus commune car elle représente la masse ou le volume pouvant être pris dans ses bras.

Les masses

 GrainOboleGrosOnceQuarteronMarcLivreQuintalMiller
Grains112-------
Onces--1/814-16--
Livres------11001000
Grammes53 m630 m3,830,59122,36245489,4448,944 k489,44 k

Les liquides étaient principalement mesurés à l’aide de tonneaux de différentes tailles.

Les volumes

 ChoppineLitronPinteVelteQueueFeuiletteMuid
Pint1/2-18--288
Litre465 m79 c93 c7,4466,96137267,84
Autre--48 puces cube--1/4 muid-

Voilà, j’espère que cet article vous a donné quelques idées pour rendre la vie de vos aventuriers plus authentique et plus dure… dans un prochain article nous évoquerons la mesure du temps.


  1. non mais quand même, vous ne pensez quand même pas que je crois cette affirmation 🙂 on peut plaisanter de temps en temps !

Illustration : The Syndic of the Draper’s Guild par Rembrandt 1662 – Domaine public

Laurent Gärtner

Rôliste depuis plus de 25 ans, j'ai découvert le jeu de rôle à l'époque où L'Œil Noir se vendait en librairie, où Casus Belli publiait SimulacreS et Laelith et où les figurines Ral Partha se vendaient à 10f.

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