Le mythe de Cthulhu

Le mythe de Cthulhu est un univers d’épouvante et d’horreur sorti de l’imaginaire de l’auteur américain Howard Philips Lovecraft. Développé dans ses nombreuses nouvelles, ce mythe sera repris par beaucoup d’autres auteurs de son vivant et bien après sa mort. Pour Stephen King, il est « le plus grand artisan du récit classique d’horreur du vingtième siècle ».

Howard Philips Lovecraft (1890-1937)

Né en 1890 à Providence dans l’état de Rhode Island, Howard Philips Lovecraft commença sa carrière d’écrivain d’épouvante dans la revue Weird Tales où il publia deux de ses principales nouvelles, à savoir L’affaire Charles Dexter Ward et Les montagnes hallucinées. Ne pouvant pas gagner sa vie uniquement par ses œuvres, Lovecraft deviendra aussi un nègre littéraire pour des auteurs amateurs. Il décède d’un cancer à l’âge de 47 ans et il ne connaîtra le succès que plusieurs années après sa mort. Il fût enterré dans le caveau familial, sans inscription notoire… jusqu’en 1977, où un groupe de fan de son œuvre se mobilise pour y faire poser une stèle frappée de la phrase « I AM PROVIDENCE ».

Les principales nouvelles

La plupart des nouvelles de Lovecraft ont aujourd’hui été compilées dans plusieurs recueils parmi lesquels se trouvent quelques incontournables :

  • L’abonimation de Dunwich
  • Le modèle Pickman
  • La musique d’Erich Zann
  • Herbert West, réanimateur
  • L’appel de Cthulhu

Ses successeurs

Le terme mythe de Cthulhu ne vient finalement pas de Lovecraft, car, si une grande partie des bases du mythe viennent de son œuvre, le reste relève de créations d’autres auteurs. Le terme Mythe de Cthulhu vient de August Derleth.

Durant son vivant, Lovecraft correspondait avec des auteurs qui contribueront au mythe, soit directement par la publication de nouvelles (La pierre noire de Robert E. Howard), soit indirectement en inspirant ses créations (l’ambiance fantasy du cycle onirique inspirée par Lord Dunsany)… Parmi ses correspondants réguliers nous retrouvons Clark Ashton Smith, Robert Bloch, Robert W. Chambers, Lord Dunsany (La fille du roi des elfes), Robert E. Howard (Conan, Solomon Kane), et surtout August Derleth. Ce dernier fonda la maison d’édition Arkham House qui contribua à faire connaître et reconnaître l’œuvre de Lovecraft par la publication de recueils de nouvelles posthumes. Regroupées sous la collection Les papiers du lovecraft club en France, Arkham House publira les nouvelles corrigée et réécrites pour le compte de Weird Tales.

Le mythe de Cthulhu

Réduire le mythe de Cthulhu à l’horreur ou l’épouvante serait effroyablement réducteur. Lovecraft et ses successeurs ont créé toute une mythologie complexe d’horreurs cosmiques qui jadis gouvernaient la Terre : l’homme n’étant qu’une créature insignifiante face à ces grandes puissances cosmiques immortelles. L’humanité se dirige petit à petit vers son destin funeste, le jour où les astres seront propices, le grand Cthulhu, qui dort dans sa cité de R’lyeh au milieu de l’océan Pacifique, s’éveillera.

Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn – N’est pas mort ce qui à jamais dort et au long des ères étranges peut mourir même la Mort. Dans sa cité de R’lyeh, le défunt Cthulhu attend en rêvant.

Tous ces mythes refont régulièrement surface, que ce soit par la volonté de leurs adorateurs cherchant à obtenir des pouvoirs surhumains en entrant en contact avec ces entités cosmiques, par la rencontre de créatures qui peuplent la Terre depuis la nuit des temps ou par la découverte de fragments d’une autre époque : un antique grimoire renfermant des secrets interdits ou une statuette maudite représentant l’un des Grands Anciens. La nouvelle l’abomination de Dunwich résume à elle seule tous les thèmes fondateurs du mythe de Cthulhu… divinité ancienne, sorciers, savoirs interdits… c’est suite à la tentative de vol de l’un des grimoires les plus rare du Mythe, le Necronomicon, que les protagonistes vont faire la lumière sur la présence dans un village perdu au cœur de la Nouvelle Angleterre d’une abomination née de la fille d’un sorcier dément et d’une entité cosmique : Yog-Sothoth.

Les Grands Anciens (The Great Old-Ones)

Les Grands Anciens sont des divinités extra-terrestres qui furent punies par leurs pairs et exilées aux quatre coins de l’univers, dont certains sur Terre. Prisonniers par les sceaux des Dieux Très Anciens, ils attendent d’être libéré, mais leur pouvoir est tel qu’ils ont quand même toute capacité d’agir… le Grand Cthulhu communique avec ses adorateurs par leurs rêves, Yog-Sothoth quitte parfois sa prison pour se matérialiser dans l’univers… Les sceaux perdront toute leur puissance lorsque les astres seront propices : le jour où ils reprendront la même position que lors de leur emprisonnement.

Les créatures du mythe

Loin de la puissance des Grands Anciens, de nombreuses créatures monstrueuses ont peuplé la Terre avant nous et s’y cachent encore.

Les profonds sont des êtres amphibies immortels qui vivent dans des cités sous-marines aux larges de côtes. Pour accroître leur nombre, ils doivent s’accoupler avec des êtres humains pour donner naissance à des hybrides plus ou moins adapté à la vie sous-marine, qui pour la plupart peuple les villes portuaires aux abords de leurs cités.

« Ils étaient de couleur verdâtre et avaient le ventre blanc. Leur peau semblait luisante et lisse, mais leur échine se hérissait d’écailles. Leur corps vaguement anthropoïde se terminait par une tête de poisson aux yeux saillants toujours ouverts. Sur le côté de leur cou s’ouvraient des ouïes palpitantes et leurs longues pattes étaient palmées. Ils avançaient par bonds irréguliers, tantôt sur deux pattes, tantôt sur quatre… Leur voix coassante… avait toutes les nuances d’expression dont leur visage était dépourvu. » – H. P. Lovecraft – Le cauchemar d’Innsmouth

Les Mi-Go, ou les Fungi de Yuggoth, sont des extra-terrestres ressemblant vaguement à de grosses abeilles dont l’un des colonies principales se trouve sur la planète Yuggoth (Pluton). Les Mi-Go disposent de plusieurs sites miniers sur Terre où ils collectent les minerais indispensables à leurs outils technologie, extrêmement en avance par rapport à la technologie humaine. Leurs ailes leurs permettent de se déplacer dans le vide intersidéral.

Les goules sont des créatures sous-terraines vivant dans les réseaux de tunnels creusés sous les cités humaines. Mélange improbable entre un être humanoïde et une créature canidé, leur peau est verdâtre et caoutchouteuse et ils disposent de sabots et de pates griffues. Ces créatures se nourrissent des cadavres qu’elles trouvent dans les cimetières humains.

« Ces personnages étaient rarement tout à fait humains, mais à l’écart présentait différents degrés, souvent ils étaient proches de l’Humanité. La plupart des corps, grossièrement bipèdes, étaient légèrement penchés en avant, et ils avaient une physionomie vaguement canine. La plupart semblaient faits d’une espèce de caoutchouc. » – H. P. Lovecraft – Le modèle Pickman

Quelques lieux

  • Arkham et son université Myskatonic… petite ville typique du Massachusset, Arkham est les décors de nombreuses nouvelles de Lovecraft
  • La ville portuaire d’Innmouth, à quelques heures de voiture d’Arkham, est une vieille ville principalement peuplée d’hybrides d’êtres humains et de profonds
  • Dunwich est une vallée moribonde à quelques lieux à l’ouest d’Arkham où certains habitants se prêtent encore à d’antiques cérémonies occultes

Les adaptations

Le mythe de Cthulhu ne s’est pas seulement cantonné aux romans car il a été adapté à plusieurs autres médias.

Jeux de rôle

Il existe trois adaptations du mythe de Cthulhu en jeu de rôles, … enfin, on peut considérer qu’une quatrième adaptation rôlistique existe et c’est la première de toute ! En effet, dans la première édition du Dieties & Demigod pour Donjons & Dragons (TSR – 1980), un recueil de divinités et panthéons, proposait le Mythe de Cthulhu au milieu des panthéon celtiques, nordiques, … Cette section fût vite supprimée dans les rééditions suivantes. Le blog Warp to Neptune propose une rétrospective plus détaillée du mythe de Cthulhu et de Donjons & Dragons (extrait d’un article de The Dragon de 1978 et The Cthulhu Mythos in TSR’s Deities & Demigods).

La plus célèbre adaptation du mythe en jeu de rôle est sans conteste L’appel de Cthulhu, dont la première version remonte à 1980. Ce jeu devenu mythique en est maintenant à sa 7ème édition, sortie très récemment en français aux éditions Sans Détour. Il apporta une révolution majeure dans le jeu de rôle jusqu’alors dominé par Donjons & Dragons et ses avatars tout univers confondus : l’intrigue et l’enquête prennent une part plus importante que l’action et les combats, faisant place à des compétences considérées jusque-là comme secondaires dans la majorité des jeux de l’époque (anthropologie, bibliothèque, zoologie…).

Cthulhu... de la V4 à la V5.5
La version 4, 5 et 5.5 de l’Appel de Cthulhu en Français chez Descartes Editeur

Vers les années 2000, Wizards of the Coast tentera un Cthulhu D20 avec un côté un peu plus pulp… mais les niveaux et le gameplay donjonesque enterreront finalement très vite ce jeu. L’éditeur Pelgrane Press de son côté proposera aussi un jeu inspiré de l’univers lovecraftien pendant un long passage à vide de Chaosium, avec The Trail of Cthulhu… traduit par 7ème cerle en France.

Cinéma

Lister tous les films inspirés de près ou de loin par Lovecraft demanderait un travail titanesque, je me limiterais à quelques grands classiques du genre… Roger Corman se lança en 1963 avec une adaptation assez libre de L’affaire Charles Dexter Ward : La malédiction d’Arkham, à voir au moins une fois dans sa vie… mais ça reste du Roger Corman.

Les adaptations les plus notables sont sans doute les films de Stuart Gordon et de Brian Yuzna, gore, trash, … il commença avec Re-animator (1985) ou enchaîner sur Aux Portes de l’au-delà (1986). Il revient en 2001 avec Dagon, une libre adaptation de La malédiction d’Innsmouth. Sans être des chefs d’œuvre du 7ème art, les films de Gordon regroupe tout ce que contenait un bon film d’horreur des années 80… à mettre aussi dans la liste de lecture : Necronomicon, un film de plusieurs courtes scénettes (1993) dirigées successivement par Brian Yuzna, Christophe Gans et Shüsuke Kaneko.

Côté européen, nous ne sommes pas en reste : Maléfique de Eric Valette (2003) propose un huis-clos dans la cellule d’une prison où des taulards vont découvrir des extraits du Necronomicon et tenter de l’utiliser pour d’évader… et les deux films espagnols de la série Le Territoire des Ombres de José Luis Alemàn (2010-2013) racontent la malédiction de Lazaro Valdemar… un assez bon début, mais bourré de longueurs avant que tout parte dans tous les sens au bout d’un moment…

L’influence de Lovecraft et du mythe de Cthulhu

De Stephen King à Neil Gaiman, de nombreux auteurs fantastiques se disent avoir été fortement inspiré par Howard Philips Lovecraft, il est donc commun de retrouver une parcelle de son œuvre dans beaucoup de production horrifique. Le mythe inspira aussi le monde de la musique où plusieurs groupes ont utilisé le mythe pour leurs compositions : Metallica, Craddle of Filth, Black Sabbath, … mais aussi Iron Maiden qui rend hommage à l’auteur sur la pochette de l’album Live after death.

La couverture de l'album d'Iron Maiden Live after death... regardez la pierre tombale !
La couverture de l’album d’Iron Maiden Live after death… regardez la pierre tombale !

Pour aller plus loin


Crédit photographique : couverture du CD audio de la bande originale du film « La Henrencia Valdemar II – La Sombra Prohibida » / Le territoire des ombres II

Laurent Gärtner

Rôliste depuis plus de 25 ans, j'ai découvert le jeu de rôle à l'époque où L'Œil Noir se vendait en librairie, où Casus Belli publiait SimulacreS et Laelith et où les figurines Ral Partha se vendaient à 10f. Depuis, je suis maître sur de très nombreux jeux, aussi bien du classique comme RoleMaster, L'Appel de Cthulhu ou Donjons & Dragons 3.5, ou sur des jeux un peu plus confidentiels comme Cobra, Feng Shui...

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