Le jour de la serviette

Aujourd’hui, c’est le jour de la serviette et un peu partout dans le monde, pour fêter le Towel Day, des milliers de personnes vont se réunir, serviette sur l’épaule en récitant de la poésie vogonne réputée pour être capable de faire exploser les tympans des ses auditeurs ou encore en attendant que quelqu’un leur demande la réponse à la vie, l’univers et tout le reste… Bref, en ce jour de la serviette, je trouvais ça dommage de ne pas parler de l’œuvre qui se trouve derrière, qui semble être pourtant connue tant il est difficile de trouver un thread de forum où le nombre 42 n’apparaît pas… Vous ne voyez pas le rapport ? Donc, effectivement cet article est fait pour vous ! Profitons donc de ce jour de la serviette pour parler d’une œuvre majeure de la science fiction, à savoir, Le Guide du Voyageur Galactique ou The HitchHiker’s Guide to the Galaxy (H2G2).

O blasbougriot glaboulleux
Tes micturations me touchent
Sur une blotte mouche
Grubeux, je t’implore
Car mes fontins s’empalindroment…
Et surrénalement me sporent
De croinçantes épiquarômes
Ou sinon… nous t’échirons dans les gobinapes
Du fond de notre patafion
Tu verras si j’en suis pas cap !
– poésie vogonne… extrait du Guide du Voyageur Galactique par Douglas Adams

Douglas Adams (1952 – 2001)

Douglas Adams est un auteur anglais touche à tout : radio, romans, séries… Son œuvre principale s’appelle le Guide du Voyageur Galactique, ou plutôt, le Guide du Routard Galactique, mais le Guide du Routard a souhaité que le traduction française ne reprenne pas ce titre ! A part ça ? il est auteur de nombreux autres romans, a participé à l’écriture de quelques épisodes de Doctor Who pour la BBC, collaboré avec les Monthy Python… bon, donc, ça va, on peut considérer que le CV du monsieur est plutôt correct non ?

Très proche de Graham Chapman et de Terry Jones, en 1975, il co-écrit Out of the Tree qui contient beaucoup d’éléments qui seront ensuite repris et développés dans H2G2.

De la radio aux romans

Le Guide du Voyageur Galactique apparaît initialement sur les ondes de la radio britannique BBC Radio 4 en 1978. Un an après Starwars, Douglas Adams propose une cette série comique de science-fiction profondément marquée par le flegme anglo-saxon et la satire de nos institutions modernes : tout y passe, bureaucratie, politique, science, philosophie, religion… le succès est immédiat car l’humour est loin de la bête bouffonnerie enchaînant gag sur gag, car il est ici très subtil et intelligent.

« Je refuse de prouver que j’existe, dit Dieu, car prouver c’est renier la foi et sans foi, je ne suis plus rien.
– Pourtant, remarque l’Homme, le Babelfish en dit long sur le sujet, non ? Son évolution ne saurait être le seul fruit du hasard. Il prouve votre existence et donc, selon votre propre théorie, vous n’existez pas, C.Q.F.D.
– Sapristi, s’exclame Dieu. C’est que je n’avais pas pensé à ça !  » et sur-le-champ il disparaît dans une bouffée de logique.
« Bah c’était facile », dit l’Homme puis – en guise de rappel – il se met à prouver sur sa lancée que le noir est blanc et finit écrasé sur le premier passage pour piétons. – extrait du Guide du Voyageur Galactique par Douglas Adams

Il existe une version française trouvable ici : La Radio H2G2 en français. (cliquez ensuite sur l’onglet Radio)

L’année suivante, l’auteur publiera ses histoires sous forme d’une premier roman. Le cycle s’achèvera en 1992 avec le cinquième volume de la trilogie (oui, c’est une trilogie en cinq volumes… !)

  • Le guide du voyageur galactique (1979)
  • Le dernier restaurant avant la fin du monde (1980)
  • La vie, l’univers et le reste (1982)
  • Salut, et encore merci pour le poisson (1984)
  • Globalement inoffensive (1992)

De la série au cinéma

Une adaptation télévisuelle s’enchaîna, dès 1981, la BBC décida de mettre en image les épisodes de la série radio-phonique en reprenant en intégralité son texte. La série est restée inédite en France, mais en cherchant un peu sur Youtube vous devriez facilement trouver les 6 épisodes (mais je ne vous ai rien dit, ni incité à le faire… c’est pas bien…). Un peu déçu du résultat, Douglas Adams ne poursuivra pas l’adaptation des romans suivants au petit écran… peut-être pour se réserver pour le grand écran ?

En 1982, Ivan Reitman est pressenti chez Columbia pour réaliser une adaptation, mais finalement, le réalisateur préféra se tourner vers un autre projet : SOS Fantômes. Plusieurs fois le film manqua de se faire… en 2001, Douglas Adams venait de s’installer en Floride pour préparer l’adaptation tant attendue… mais le projet ne verra le jour que quelques années après sa mort sous la direction de Garth Jennings.

Je vous laisse avec la bande annonce du film qui, selon moi, est une bonne introduction à l’univers de Douglas Adams.

Le mythe

Après la destruction de la planète Terre pour laisser place à une voie de contournement d’hyper-espace, deux terriens, leurs compagnons extra-terrestres et un androïde dépressif sillonnent l’univers à la recherche de la réponse à la vie, l’univers et tout le reste. L’histoire de nos aventuriers est régulièrement interrompue par des articles encyclopédiques extraits du célèbre Guide du Routard Galactique pour apporter tout l’éclairage nécessaire pour mieux faire comprendre la situation aux deux terriens, mais aussi et surtout au lecteur. Voici par exemple l’article qui traite des Vogons.

Les Vogons. Une des races les plus antipathiques de la galaxie. Pas méchants mais caractériels, bureaucrates, psychorigides au cœur de marbre. Un Vogon ne lèverait pas le petit doigt pour sauver sa propre grand mère au prise avec une blatte à griffes, la féroce bête de Thral, sans une autorisation en trois exemplaires, signée, transmise, approuvée, rediscutée, perdue, retrouvée, soumise au vote populaire, reperdue et finalement enterrée sous un amas de compost pendant trois mois et recyclée en allume feu. – extrait du Guide du Voyageur Galactique par Douglas Adams

Les personnages

Arthur Dent est un anglais tranquille, flegmatique et amateur de thé qui va malgré lui être entraîné dans l’espace… il garde son calme en toute circonstance, mais pour lui c’est la fin du monde s’il ne peut pas boire son thé à heure fixe. Il ira jusqu’à relater l’histoire de la Compagnie des Indes à l’ordinateur du vaisseau dans le but de lui faire synthétiser une boisson plus proche du thé (et le planter par la même occasion)… en plein combat spatial.

Ancienne conquête d’Arthur Dent, Tricia McMillan survécut à la destruction de sa planète car elle voyageait à bord du Coeur en Or au moment du cataclysme. Elle ignore tout de ce qui est arrivé à la planète Terre avant qu’Arthur lui explique.

Ford Prefect est l’un des auteurs du Guide du Routard Galactique qui a passé une quinzaine d’années sur Terre. Il s’est lié d’amitié avec Arthur Dent et il décidera alors de le sauver lors de la destruction de la Terre en l’emmenant en stop sur un vaisseau vogon. Sa contribution à l’encyclopédie concerne l’article sur la Terre : globalement inoffensive… ces quinze années lui ont permis d’ajouter le globalement à la définition.

Zaphod Beeblebrox est le président de la galaxie, mais aussi, et surtout, inventeur du Pan Galactic Gargle Blaster, la boisson alcoolisée la plus dangereuse pour l’esprit qui donne l’effet de se faire broyer le cerveau par un lingot d’or entouré d’une rondelle de citron. Il est devenu président de la galaxie par hasard et fuit ses responsabilités… à bord d’un vaisseau qu’il a volé quand il s’est lui-même kidnappé. Cet être dérangé à deux têtes et trois bras, part en quête des secrets qui entourent la grande question de la vie, de l’univers et de tout le reste…

Marvin est un androïde dont l’intelligence vaut bien celle de toutes les créatures d’une planète, mais a qui on ne confie que des tâches basiques… résultat, son générateur de conscience et d’émotion le pousse à la déprime. Suicidaire, dépressif, toujours une remarque décourageante, il passe son temps à geindre et à se plaindre.

– Enfin, dit Ford en s’accroupissant, plein de frissons auprès du robot, pourquoi rester couché ainsi, le nez dans la poussière ?
– C’est un moyen très efficace de se sentir au plus bas, expliqua Marvin. Et ne faites donc pas semblant de vouloir me faire la conversation. je sais fort bien que vous me détestez.
– Mais non.
– Mais si. tout le monde me déteste. C’est dans l’ordre de l’univers. Je n’ai qu’à parler à quelqu’un et on se met à me détester. Même les robots me détestent. Si vous voulez bien maintenant m’ignorer, je pense que je pourrai sans doute m’éclipser.
Il se mit laborieusement sur pied et se tint résolument dans la direction opposée.
 » Ce vaisseau me détestait, lança-t-il, découragé, en indiquant l’astrocar de la police.
– Ce vaisseau ? dit Ford, soudain très excité. Que lui est-il arrivé ? Vous le savez ?
– Il me détestait parce que je lui ai parlé.
– Vous lui avez parlé ! S’exclama Ford. Comment ça, vous lui avez parlé ?
– Facile : j’étais déprimé, je m’ennuyais tellement que je suis allé me brancher sur ses prises d’interface extérieure.Et puis, j’ai longuement parlé à l’ordinateur, en lui expliquant mes vues sur l’univers, expliqua Marvin.
– Et que s’est-il passé ? insista Ford.
– Il s’est suicidé », dit Marvin, en regagnant à pas lourds le Cœur-en-Or. – extrait du Guide du Voyageur Galactique par Douglas Adams

42 et la serviette ?

Alors pourquoi tant d’insistance sur le nombre 42 et la serviette ? Car ils sont deux éléments totalement inattendus de l’histoire. Le nombre 42 est la réponse calculée par pensée profonde un super-ordinateur conçu par une race pan-dimensionnelle d’êtres supérieurs pour calculer la réponse à la vie, l’univers et tout le reste… la réponse se voulait simple… mais la question n’était peut être pas assez précise ?

Et pour la serviette me direz-vous ? La serviette est l’équipement le plus indispensable au routard galactique à en croire le Guide…

La serviette est, nous apprend-t-il, est sans doute l’objet le plus vastement utile que puisse posséder le voyageur interstellaire. D’abord, par son aspect pratique: vous pouvez vous draper dedans pour traverser les lunes glaciales de Jaglan Bêta (…); une fois mouillée, l’utiliser en combat à main nue (…). Tout homme ainsi capable de sillonner de long en large la Galaxie en vivant à la dure, de zoner en affrontant de terribles épreuves et de s’en tirer sans avoir perdu sa serviette ne peut-être assurément qu’un homme digne d’estime – extrait du Guide du Voyageur Galactique par Douglas Adams

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une très bonne journée de la serviette.


Crédits photographique et liens vidéos : extraits du film H2G2 le guide du voyageur galactique par Garth Jennings en 2005

Laurent Gärtner

Rôliste depuis plus de 25 ans, j'ai découvert le jeu de rôle à l'époque où L'Œil Noir se vendait en librairie, où Casus Belli publiait SimulacreS et Laelith et où les figurines Ral Partha se vendaient à 10f. Depuis, je suis maître sur de très nombreux jeux, aussi bien du classique comme RoleMaster, L'Appel de Cthulhu ou Donjons & Dragons 3.5, ou sur des jeux un peu plus confidentiels comme Cobra, Feng Shui...

Les derniers articles par Laurent Gärtner (tout voir)

%d blogueurs aiment cette page :