Elric de Mélniboné

Il existe des univers comme la Terre du Milieu ou Star Wars, connu par les rôlistes, les fans de science-fiction et de fantasy, mais aussi par le grand public. Pourtant une œuvre des années 60 a marqué la fantasy à jamais, de part son univers sombre et son héro particulièrement inattendu dans ce genre de nouvelle, car là où les lecteurs attendaient un barbare au torse poilu et huilé, ils découvrent les aventures du prince d’une longue lignée d’être démoniaques, faible et rejeté par les siens, mais qui au fil de l’histoire va montrer qu’il est le digne représentant de son peuple : Elric de Mélniboné, le porteur de l’épée Stormbringer.

Michael Moorcock, les années 60

Le cycle d’Elric de Mélniboné va débuter en 1961 sous la plume de l’auteur anglais Michael Moorcock. Il crée le personnage d’Elric de Mélniboné dans la nouvelle Stealer of souls qui sera publié en 1963 juste avant de prendre la direction de la revue New Worlds qui, à cette époque, publiait les nouvelles de plusieurs quelques auteurs méconnus comme Roger Zelazny ou encore Norman Spinrad… rien que ça !

Bon, l’homme n’est pas non plus un universitaire à la Tolkien, il serait plutôt à rapprocher des Robert Howard, et des autres écrivains de pulps du début du 20ème siècle. Écrivant d’un côté des romans purement alimentaires, il est tout de même l’auteur de plusieurs romans de fantasy récompensés par des prix littéraires : prix Nebula ne 1967 pour Voici l’homme, plusieurs fois le prix August Derleth, … Il a même écrit deux chasons pour le groupe Blue Öyster Cult : Black Blade et Veteran of Psychic Wars.

Son oeuvre a connu des adaptations en bandes dessinées, comics, jeux de rôles, … mais jamais à l’écran… dommage… pourtant le scénario de l’adaptation cinématographique est prêt depuis bien avant les années 80. Espérons que le projet voie le jour prochainement ! Pour les adaptations en comics et bandes dessinées, je vous encourage vivement à découvrir les albums de l’adaptation de Julien Blondel…

On lui doit donc, le cycle d’Elric, mais aussi le cycle d’Hawkmoon, d’Erekosë, de Corum… chaque personnage de son œuvre évolue dans un des millions de monde du multivers. Leurs routes se croiseront même parfois à l’occasion d’une nouvelle ou d’un roman.

Son influence sur la fantasy

Comme on va retrouver du Tolkien dans tout monde médiéval fantastique parlant d’elfes, de nains… Moorcock peut se targuer lui aussi d’avoir laisser une marque indélébile sur la fantasy, son œuvre a inspiré beaucoup d’autres auteurs de cette époque, et même encore d’aujourd’hui : de Heavy Metal/Métal Hurlant jusqu’à très dernièrement la style très Mélnibonéen du prince Nuada, dernier représentant des Tuatha Dé Dannan dans le film Hellboy II de Guillermo Del Toro.

Prince Nuada, un air de Elric de Mélniboné ?
Le prince Nuada… « arrêtez de m’appeler Elric là, c’est lourd… »

Elric de Mélniboné

Elric de Mélniboné est le descendant des empereurs de l’île de Mélniboné, une dynastie d’êtres supérieurs bien plus apparenté aux démons qu’aux êtres humains qui peuplent les jeunes royaumes. Pourtant, les siècles plongent petit à petit les mélnibonéens dans le déclin et ils ne vivent aujourd’hui que dans l’ombre de leur gloire passée, où les dieux du Chaos et les dieux élémentaires se pressaient pour avoir leurs faveurs. Leur dernier empereur est un albinos chétif : Elric fils de Sadric LXXXVI. Il quittera le trône pour accomplir son destin, l’épée maudite buveuse d’âmes Stormbringer à son poing, sa quête le mènera jusqu’à la destruction de son monde de sa propre main.

Les personnages principaux

Elric, Cymoril et Yrkoon

Elric est donc l’empereur de Mélniboné, il y règne aux côtés son amante, Cymoril, sœur d’Yrkoon. Yrkoon jalouse la place d’Elric et lui reproche d’être trop faible pour diriger les mélnibonéen et de ne pas être capable de rendre à son peuple sa gloire d’an-temps. En effet, Elric doit sa survie chaque jour aux remèdes que lui prodigue Cymoril et les plus grands sorciers de l’île. La haine entre les deux mélnibonéens ira jusqu’à un affrontement durant lequel Elric tuera Yrkoon à l’aide de l’épée noire buveuse d’âmes Stormbringer qui lui donnera la force et la puissance qui lui manque. Poussé par son épée, il tuera également de ses propres mains Cymoril.

Stormbringer et ses soeurs

Stormbringer, l’épée maudite découverte par Elric est un personnage à part entière dans l’oeuvre de Moorcock. Elle pousse Elric vers son destin. Cette épée n’est pas seule et unique en son genre, Mournblade en est une épée jumelle, portée par Yrkoon, puis par Tristelune. Cette épée se nourrie des âmes de ses victimes et nourrie en retour son porteur, lui accordant une force et une puissance surhumaine…

Les dieux du Chaos

Arioch, le duc du Chaos, revient régulièrement dans le cycle d’Elric, accompagnant ce dernier jusqu’à l’accomplissement de sa quête.

Du sang et des âmes pour Arioch ! – le cris de guerre d’Elric

Elric croisera aussi d’autres dieux du Chaos, parmi lesquels : Xiombarg et Mabelode, la reine et le roi des épées, Pyaray dieu perverti des océans.

Les dieux élémentaires

Dévoués aux mélnibonéens et liées par d’anciens pactes, les quatre dieux élémentaires sont bien moins puissants que les divinités de la loi et du chaos : Straasha, déesse des mers ; Grome, dieu de la terre ; Kakatal, dieu du feu et Lassa, déesse de l’air.

Les jeunes royaumes, le monde absolue de fantasy

La décadence des Mélnibonéens n’a pas pour autant permis au reste des Jeunes Royaumes de trouver un nouvel apogé loin de la domination cruelle de ces êtres démoniaques… Vautrés dans la perversion, la haine et la dépravation, les Pan Tangiens et son ignoble théocratie s’est attribué le titre de serviteurs du Chaos. L’île de Pan Tang est une ignoble caricature de Mélniboné, mais avec le raffinement en moins. Le reste du monde est en proie à des guerres ancestrales entre les serviteurs des dieux de la Loi et de ceux du Chaos, sauf dans des lieux totalement inhospitaliers comme le désert des larmes, la forêt de Troos, où la cité de Nadsokor, la grande cité des mendiants.

Au delà d’Elric de Mélniboné : le champion éternel

Elric de Mélniboné est le champion éternel de son univers, tout comme le sont d’autres héros des œuvres de Moorcock et de son multivers : Dorian Hawkmoon, Erekosë, Corum… Le champion éternel est l’incarnation de la balance cosmique destiné a rétablir l’équilibre entre la loi et le chaos.

« Ryan, Hawkmoon. Powys. Cornell. Brian. Umpata. Soian. Klan. Clovis Marca. Pournachas. Oshbek-Uy. Ulysse. Ilanth.
Ma propre voix s’éleva soudain.
– NON ! JE SUIS SEULEMENT EREKOSË !
– Champion Eternel. Soldat du Destin ». – Les guerriers d’argent – Michael Moorcock – 1970.

Adaptations ludiques

Le cycle d’Elric, comme pour le mythe de Chtulhu est briévement apparu dans le premier Dieties & Demigods avant d’être lui aussi supprimé du livre…  comme pour Cthulhu !

85384-Copyright Tsr, Deities And Demigods, Dungeons And Dragons, Elric, Retro Review

Chaosium obtient finalement les droits au début des années 80 pour réaliser deux adaptations différentes du jeu, la première reprend le nom de l’épée : Stormbringer, beaucoup plus orienté sur l’action et les comics de l’époque, la noirceur en moins. Le jeu sortira peu de temps après L’appel de Cthulhu. Les règles se basent sur le Basic Roleplaying Game et une trop grosse dose de hasard, à tel point qu’il était possible qu’à une même table, un simple artisan vilmirien côtoie un noble prêtre guerrier sorcier de Pan Tang et une femme ailée chasseresse de Myhryn ! Sa suite, Elric devient plus sombre, fait apparaître l’alignement du personnage entre le chaos et la loi selon les actes qu’il accomplit et limite la présence du hasard dans la création du personnage… Elle marquera une rupture dans la façon de jouer en étant beaucoup plus brutale et expéditive.

Une adaptation totalement anecdotique est sortie pour le D20 SYSTEM à l’heure où D&D3 occupait toutes les tables de jeu… Récemment, Mournblade chez Sombre Projets tente de reprendre le flambeau.

En savoir plus


Illustration : Elric sur le trône de rubis d’Ymrrir la grande cité de Mélnibonée avec Stormbringer dans la main, couverture du tome 1 de la bande dessinée de Julien Bondel, Didier Poli, Robin Recht et Jean Bastide, d’après l’oeuvre de Machael Moorcock chez Glénat.

Laurent Gärtner

Rôliste depuis plus de 25 ans, j'ai découvert le jeu de rôle à l'époque où L'Œil Noir se vendait en librairie, où Casus Belli publiait SimulacreS et Laelith et où les figurines Ral Partha se vendaient à 10f.

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