Définir le jeu de rôle

Trouver un consensus dans la définition du jeu de rôle est juste impossible car chaque joueur ou maître de jeu y voit son propre sens. Parlez de règles, vous aurez les experts des jeux sans règles qui vous diront « non, ce n’est pas ça le jeu de rôles », évoquez le maître de jeu, et les narrativistes seront outrés de l’importance que vous donnez à cet arbitre-conteur… bref, faire plaisir à tout le monde dans une définition est impossible. La vision de chacun a été vraie à un moment ou un autre, ceci ne veut pas pour autant dire que telle personne a une vision rétrograde de ce loisir qui a évolué durant ces quarante dernières années.

Un premier essai sur une définition

Le jeu de rôle est un jeu de société où les joueurs collaborent dans le but de construire un récit. Les joueurs disposent d’un alter-ego dans le jeu, un personnage, qui est codifié à partir de règles communes à tous les joueurs. Ces règles proposent un cadre permettant de définir ce qui va être possible ou non, le résultat étant généralement déterminé par le hasard à l’aide de dés. Le média principalement utilisé est la parole, chaque joueur pouvant raconter une partie de l’histoire.

Si demain, je décris le jeu de rôle à quelqu’un avec cette définition, je comprendrais tout à fait qu’il n’y comprenne rien. Bon, essayons d’aller un peu plus loin en grattant un peu plus…

Un jeu où on a un rôle à jouer

La première génération de jeux de rôle est née avec Donjons & Dragons dans les années 70, alors que l’univers de jeu étant souvent réduit à quelques pages de lieux communs empruntés à la littérature de science-fiction ou à la fantasy, la technique de jeu primait sur l’ambiance et le jeu d’acteur. L’accent est donc mis sur le côté tactique et coopératif du jeu.

Le personnage, au-delà de sa codification technique (compétences, attributs, caractéristiques, THAC0…), est un archétype collant à l’univers de jeu. Dans la fantasy, nous retrouverons le magicien, le guerrier, le voleur, l’elfe… dans la science-fiction, nous serons plutôt vers le pilote, le contrebandier, le Jedi guerrier mystique qui manie le sabre laser (je n’ai pas la licence Star Wars, donc désolé, mais le Jedi, c’est une marque déposée) … chaque personnage va avoir une compétence particulière que seul son archétype propose : ainsi, le voleur va être capable de désamorcer un piège, alors que le prêtre lui, saura soigner ses compagnons.

Les joueurs décident des actions de leurs personnages dans l’aventure proposée par le maître de jeu qui endosse à la fois le rôle de gardien des règles et qui incarne les différentes menaces qui planent sur les personnages. Chacun disposant de compétences uniques et complémentaire, c’est leur capacité à coopérer et à utiliser leurs compétences en osmose qui va être déterminante.

Un jeu où on interprète un rôle

La génération suivante fait plus de place aux personnages des joueurs et à l’univers de jeu. Le jeu ne repose donc plus uniquement sur les talents des personnages des joueurs, mais sur l’histoire en elle-même, celle des personnages et celle contée par le maître de jeu.

Le personnage ne colle pas forcément à un archétype prédéfini qui détermine les actions possibles, mais par un ensemble de compétences, de dons, de talents qui pourront être mixés selon les envies du joueur.

Ainsi, le joueur interprète l’un des héros d’une histoire contée par le maître de jeu, qui, toujours arbitre, mais aussi scénariste, metteur en scène, mais aussi acteur interprétant tous les seconds rôles. L’histoire devient plus interactive, ponctuée de dialogues entre les joueurs et le maître de jeu. Le jeu prend ainsi une dimension de théâtre improvisé, dirigé par le maître de jeu.

Un jeu où on construit une histoire

Popularisé par les jeux de Mark Rein·Hagen (Vampire la Mascarade…), l’importance de l’histoire n’a fait que croître jusqu’à la lente disparition des règles au profit du conte. Plus récemment, des mécanismes encore plus poussés vont jusqu’à faire disparaître le maître de jeu, proposant aux joueurs de faire interagir leurs récits entre eux : parmi eux : Vampire City, et le futur Sweepers INC.

Les jeux narrativistes mettent l’accent sur la narration de l’histoire, plus que sur les personnages et les règles. Ils proposent aux participants d’élaborer une histoire commune avec un ensemble de règles permettant de limiter la création en fixant un cadre.

En conclusion

Donner une définition au jeu de rôle est, à mon sens, une idée réductrice, car, chaque joueur trouve un intérêt différent dans le jeu. Il n’existe donc pas une définition du jeu de rôle, mais au moins une définition par pratiquant.

Ce qui est d’autant plus intéressant, c’est qu’à une même table de jeu plusieurs joueurs peuvent avoir une vision différente du jeu, sans que ça ne pose le moindre problème à quiconque, chacun venant chercher ce qu’il attend dans le jeu, ainsi, un joueur peut très bien être là pour exploiter le côté simulationniste du jeu, un autre pour interpréter un rôle de composition et le dernier vient juste lancer des dés…


Crédits photographiques : « Role playing gamers (III) » by Diacritica – Own work. Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

Laurent Gärtner

Rôliste depuis plus de 25 ans, j'ai découvert le jeu de rôle à l'époque où L'Œil Noir se vendait en librairie, où Casus Belli publiait SimulacreS et Laelith et où les figurines Ral Partha se vendaient à 10f.

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  • Webchef Ajdr

    C’est vrai que ça semble difficile d’arriver à un consensus partagé sur une définition du jdr. Mais je ne suis pas convaincu que ce soit impossible. Pour preuve, après des km de conversation collective sur Facebook, on a réussi à en pondre plusieurs qui faisaient (petit) consensus.

    En revanche, tu as raison ce sera probablement réducteur, mais c’est bien le but de l’exercice :
    définir c’est poser les limites entre ce qui entre dans la définition et ce qui n’y entre pas. C’est donc souvent une forme de réduction. En choisissant, on exclue forcément ce qui était périphérique.

    Mais ça ne veut pas dire qu’il faille imposer arbitrairement une définition, juste qu’il est possible d’en proposer plusieurs, puis d’en débattre.

    L’avantage principal, c’est d’être mieux identifié par les non-rôlistes.
    Comment leur expliquer ce qui est du jdr et ce qui n’est pas du jdr quand on a pas délimité sois-même ce qu’on fait ?
    Est-ce que l’airsoft scénarisé, les matchs de théâtre d’impro et « il était une fois » sont du jdr ? Personne ne peut légitimement se prononcer faute d’une définition à peu près consensuelle et acceptée.

    Je pense qu’une bonne définition répond à 3 critère :
    – elle est rigoureuse (il ne s’agit pas d’une « présentation du jdr », elle ne retient que les fondamentaux, elle est concise…),
    – elle doit être exposée à la critique de la communauté à laquelle elle s’applique pour être éprouvée, expliquée,
    – elle correspond à son contexte historique (les définitions évoluent au fil du temps et des pratiques) et socio-culturel (on ne définira pas forcément le jdr de la même manière à des tables françaises qu’à des tables américaines)

    Tu as réfléchis et énoncé un certain nombre de fondamentaux dans ton article, et même une proposition de définition. Je trouve super dommage que tu te censures ensuite, après avoir fait 80% du travail.

    Je ne comprends d’ailleurs pas ton argument : « Donner une définition au jeu de rôle est, à mon sens, une idée
    réductrice, car, chaque joueur trouve un intérêt différent dans le jeu. »

    De deux choses l’une : si une définition ne convient pas à un joueur, c’est soit que la définition est inadaptée, soit que cette personne ne faisait pas de jdr.
    Du coup, il faudra soit retravailler la définition pour la rendre plus englobante, soit accepter qu’une activité peut ne pas être du jdr. Non ?

    • Laurent Gärtner

      A mon sens, et comme tu le souligne, le premier problème se situe au niveau des limites de ce qu’est le jeu de rôle et de qui ne l’est plus… est-ce que la notion de préparation d’une aventure, la présence du maitre de jeu, l’interprétation, le hasard, les règles sont tous des éléments indispensables du jeu de rôle ? Je n’ai pas de réponse à cette question et je prefere laisser les uns et les autres y répondre.

      Pour moi, la définition acceptable doit être discutée entre plusieurs personnes et doit prendre en compte le besoin de cette définition : s’adresse-t-on a de nouveaux joueurs pour de l’initiation (un gros mot pour certains) ? Cherchons-nous une définition encyclopédique du jeu de rôle ?

      • Webchef Ajdr

        Je suis d’accord avec toi sur toute la ligne. Je tiens aussi à préciser qu’une définition, ce n’est finalement pas un outil dont on se sert souvent.

        En plus c’est inhabituellement rigoureux (voire chiant) par rapport à la pratique habituelle du jdr (chips, potes, rires, histoires).

        Du coup, tout les rôlistes ne sont pas obligés de participer/réfléchir/approuver/utiliser/connaître la définition qui sera trouvée. Le tout c’est de proposer un outil disponible si besoin et qui ne soit pas moisi. Ca suppose de l’élaborer avec soin (avec les rôlistes que ça intéresse).

        Oui, je pense qu’il est temps de trouver et d’accepter une ou deux bonnes « définition » du jdr au sens « encyclopédique » car les propositions existantes ne sont pas nombreuses, et sont parfois peu rigoureuses (je rappel à ceux que ça intéresse qu’il existe des méthodes pour trouver une définition).

        A côté de ça, j’ai cherché : nous avons déjà une bonne douzaine de « présentation » francophone du jdr qui tournent, certaines me semblent très bonnes, et de toute façon tout le monde à la sienne sur le terrain, inutile d’en faire plus je pense. Des exemples :

        « Le jeu de rôle est un jeu de société dans lequel des joueurs interprètent des personnages en train de vivre une aventure, tandis qu’une autre personne,le meneur de jeu, se charge d’arbitrer et d’animer la partie.
        Casus Belli »

        « Le jdr, c’est du théâtre d’improvisation, mais assis à une table et avec des règles de jeu »
        Un mec dans la rue

        J’insiste sur la différence entre présenter et décrire le jdr :

        – Une présentation, c’est faire comprendre EN GROS de quoi on parle, ça n’a pas à tenir compte des exceptions, des cas particuliers et des communautarismes,

        – Une définition c’est énoncer les fondamentaux stricts d’un concept, ça a vocation a être un peu plus universel qu’une présentation, c’est souvent un peu plus complexe à comprendre.

        • Meddy Neboud

          Si le but est d’être mieux identifié par les néophytes, la définition sera forcément grossière et imprécise et comme l’article le précise bien, le narrativiste s’offusquera du manque de subtilité.

          Le théatre d’impro assis autour d’une table est souvent assez efficace pour expliquer la base. Il faut rajouter un maitre de jeu qui joue les PNJ et dit ce qu’il est possible ou non de faire et les dés pour déterminer la réussite ou non de certaines actions.
          A l’évocation des dés le néophyte est perdu et il est bon d’enchaîner très vite avec « le principale c’est surtout de passer une bonne après-midi/soirée entre pote. » auquel vient s’ajouter selon l’auditoire la possibilité de rencontre à des nouvelles tables, les chips pizza bière soda ou encore le côté convivial.

          Pour l’académique bon courage, il faudrait trois pages pour mettre les subtilités apparues au fil des années.

          Ps : l’article est bien

          • Webchef Ajdr

            Je ne suis pas sûr que tu ai bien lu la fin de mon commentaire Meddy, une « définition » au sens où je l’emploi, n’a pas pour objectif de faire mieux comprendre aux néophite ce qu’est le jdr ; ça, c’est le rôle d’une « présentation ».

            Définition et présentation sont deux concepts différends, même si on les confonds souvent, à force d’abus de langage.
            – la « présentation » explique, décrit
            – la « définition » caractérise

            Comme tu le relèves dans ton com, des « présentations » existent et elles remplissent plutôt bien leur rôle. Ce sont d’ailleurs de « présentations » dont on a besoin au quotidien pour décrire notre loisir aux mortels 😉 Je n’imagine même pas la tête du néophite à qui on servirait une définition plutôt qu’une présentation !
            ex :
            Je pratique un sport de déplacements actifs au sein ou à la surface de l’eau, sans appui sur le fond (définition).
            Je fait de la natation (présentation)

            Et pour ce qui est de la définition, détrompe toi : définir, comme je l’écrivais aussi, ce n’est pas faire la liste de TOUTES les particularités de TOUTES les pratiques et de TOUTES les exceptions, c’est au contraire ne parler que des traits qu’on retrouve à chaque fois.
            C’est d’ailleurs pourquoi une bonne définition s’exprime généralement en peu de mots : on ne garde que l’essentiel.

            Celle que je propose est ici, elle fait deux lignes (je mets le lien pour conserver les explications tout en évitant de flooder ici) : http://www.ajdr.org/reflexions/une-definition-du-jdr

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