Le guide des premières parties

Sur un site dédié aux jeux de rôle, nous avons trop tendance à parler aux rôlistes et finalement assez peu à toute personne un tant soit peu intéressée par ce loisir. Histoire de ne pas voir la partie d’initiation que du côté du maître de jeu, je vous propose ici quelques conseils pour vous accompagner dans vos premières parties.

Remarque aux rôlistes, oui, je vais parler de MJ, de dés, de personnages, de systèmes de résolution… oui, ce ne sont pas des éléments présents dans certains jeux pouvant être utilisés pour la découverte du jeu de rôle. Toutefois, pour ma part, j’utilise fréquemment Dungeon World pour mes parties de découvertes, donc le texte est assez orienté autour de ces éléments.

De même, cet article n’est pas figé, je vous invite à partager vos remarques et vos idées pour ainsi proposer un guide le plus exhaustif possible à destination de nouveaux joueurs.

Jouer à un jeu de rôle

Si vous décidez de participer à une partie de découverte du jeu de rôle, c’est que vous savez au minimum déjà ce que c’est. Ce n’est donc plus le moment de vanter les mérites de ce loisir, mais nous allons entrer un peu plus dans les détails.

Durant cette partie, l’un des participants, le meneur de jeu (MJ), va raconter une histoire dans laquelle vos personnages sont les principaux protagonistes. Vous pourrez intervenir quand vous voudrez ou lorsque que le MJ vous donnera la parole, soit collectivement « que faites-vous ? » soit individuellement « Pierre, que fait ton personnage ? ».

Intervenir sur le cours de la partie

Vous pouvez intervenir à tout moment pour déclarer une action, demander une précision ou émettre une suggestion aux autres joueurs. Pour cela, prenez simplement la parole et dites ce que votre personnage va ou veut faire.

Le personnage de Pierre est un éclaireur. Après une course poursuite avec des brigands sur une route forestière, l’une des roues du chariot du marchand que les personnages des joueurs escortent s’est cassée. Le groupe aident leur employeur à remettre en état le chariot et à récupérer les marchandises qui en sont tombées pendant que le personnage de Pierre va surveiller l’arrivée des brigands. Il les aperçoit, à pied, en train de se diriger vers le lieu de l’accident… Pierre décide de prévenir les autres personnages, le MJ annonce qu’il rejoint le groupe et lui demande « Pierre, que fait ton personnage ? »

Lorsque vous faite agir votre personnage, vous pouvez l’indiquer de trois façons :

  • Soit en indiquant sommairement l’action que vous entreprenez à la troisième personne : « Mon personnage dit à ses compagnons ce qu’il a vu »
  • Soit en décrivant l’action en se plaçant dans la peau du personnage : « Je dis à mes compagnons ce que j’ai vu »
  • Soit en interprétant le personnage : « Une fois proche de mes compagnons, je les informe : ‘Les brigands sont sur nos traces, ils nous cherchent et ne tarderont pas à nous retrouver.’ »

Cette dernière façon, dans le jargon rôliste, s’appelle faire du roleplay,, c’est-à-dire, jouer son personnage un peu comme au théâtre, mais sans costume, sans décor et … sans texte. Le MJ ne vous imposera pas une façon de jouer, à vous de prendre vos marques pour essayer d’interpréter votre personnage, mais personne à la table ne vous reprochera de parler de lui à la troisième personne.

Est-ce que mon personnage va y arriver ?

Le jeu repose sur un système de résolution qui permet au moins de savoir si une action déclarée par un joueur va réussir ou non. Dans certains jeux, ce système va jusqu’à déterminer les conséquences d’un échec ou d’une réussite.

Lorsque vous décidez de réaliser une action, le MJ vous indiquera comment résoudre cette action. Dans certains cas, nous ne ferons pas appel au système de résolution, parce que l’action est tellement simple et banale que n’importe qui peut y arriver. Votre personnage doit ouvrir une porte verrouillée alors qu’il possède la clé ? La porte s’ouvre, point, vous avez juste à dire que vous souhaitez ouvrir la porte avec la clé… Par contre, si vous ne l’avez pas, tout va se compliquer.

Selon le personnage du joueur, il est possible que les chances de réussir une telle action varie énormément. Dans le jeu de rôle Dungeon World par exemple, seuls les Voleurs sont capables de crocheter une serrure… au pire, le Guerrier pourra à l’aide de son épaule défoncer cette porte, ou entre, le Magicien pourra utiliser un sort pour manipuler la serrure à l’aide de la magie.

Le personnage de Marc est un voleur, il cherche à crocheter la serrure d’un coffre où devrait se trouver le grimoire recherché. Le MJ lui indique que pour crocheter la serrure, il doit faire un jet avec deux dés à six faces auxquels il ajoute le modificateur de dextérité de son personnage. Il obtient 7 sur les dés et ajoute son modificateur de +2 pour un total de 9. D’après le système de jeu de Dungeon World, le personnage réussit, mais il doit s’exposer à un danger. Le coffret est piégé, le voleur le maintien entre-ouvert pour tenter de désamorcer le piège… S’il avait fait 10 ou plus, le coffre aurait été ouvert sans problème. Mais sur 6 ou moins, une complication serait survenue : le propriétaire du coffre aurait pu arriver par un passage secret dans la pièce surprenant ainsi le voleur en plein pilage !

De quoi ai-je besoin ?

Pour participer à cette partie, vous aurez besoin d’un crayon de mine, d’une gomme, de quoi noter et de dés. Durant la partie, il est possible que vous ayez besoin de prendre des notes sur le nom d’un personnage rencontré, un lieu où aller, un indice trouvé… une simple page A4 peut être suffisante.

Pour les dés, il est probable que vous ne disposiez pas de l’ensemble des dés nécessaires pour jouer. Un grand nombre de jeu utilisent de simples dés à six faces utilisés dans un très grand nombre de jeux de sociétés, mais, pour disposer de résultats appropriés, d’autres jeux de rôle font appel à des dés polyédriques. Les dés nécessaires au jeu vous seront prêtés à l’occasion de la partie.

Des dés de jeux de rôles
Les dés de jeux de rôle, le dé à 4 faces, 6 faces, 8 faces, 12 faces et 20 faces

De plus, certains jeux utilisent des dés spéciaux comme par exemple Star Wars : Aux Confins de l’Empire de EDGE

Mon personnage, un premier contact avec le jeu

Votre personnage est l’interface entre le jeu et vous… un peu comme la manette de votre console. Les informations le concernant sont notées sur une fiche de personnage adaptée au jeu joué.

DWRPGVF - Fiches du 11ème docteur
Deux fiches de personnages pré-tirés pour le jeu de rôle Doctor Who

Les informations sur le rôle du personnage et les données techniques qui permettent de faire appel au système de résolution y sont consignées. Certaines informations pourront varier au cours du jeu, il est donc nécessaire de les noter à l’aide d’un crayon de mine.

Comment ces informations sont établies ? A l’aide des règles, du hasard, d’une série de choix… tout dépend du jeu joué. Selon le MJ, le jeu et la durée de la partie, vous pourrez soit créer votre propre personnage soit utiliser un personnage pré-tiré.

Choisir un personnage pré-tiré

Un personnage pré-tiré est déjà prêt à être joué, ses données techniques et son rôle sont déjà établis, il ne vous reste qu’à explorer la fiche du personnage avec le MJ pour vous repérer dans toutes ces informations.

Des informations sur le caractère du personnage, ses motivations et son histoire vont vous permettre de l’interpréter. Est-ce un casse-cou qui fonce tête baissée vers le danger ? Ou plutôt quelqu’un de posé qui cherchera à élaborer un plan avant de passer à l’action ?

Le choix d’un personnage pré-tiré se fait avec les autres joueurs. A vous de voir avec eux ce que vous préférez les uns et les autres jouer.

Créer un personnage

Si vous devez créer votre personnage, suivez les conseils du maître de jeu et soyez attentif à toutes ses explications. Vous pourrez choisir le caractère, les forces et les faiblesses de votre personnage. Je vous conseille de partir d’un archétype, d’une idée ou d’un personnage de fiction déjà existant pour créer votre personnage. Vous créez un éclaireur ? Personne ne vous reprochera la ressemblance entre votre personnage et Aragorn du Seigneur des Anneaux.

Dans le cas de personnages pré-tirés, les personnages ont tous un intérêt particulier pour l’aventure et sont assez complémentaires. Ces deux points s’appliquent aussi à la création d’un personnage, même si dans l’absolu, vous êtes libre de créer le personnage que vous souhaitez dans les limites de ce que prévoit le jeu.

Lorsque vous créerez votre personnage, ne perdez pas de vue qu’il est un personnage parmi le groupe de héros qui vont participer à l’aventure. Essayez d’avoir un éventail de talents assez large autour de la table et pas un groupe de clones d’Aragorn ! Cherchez à être complémentaires, essayez de ne pas oublier « un rôle » dans un groupe d’aventuriers.

A titre d’exemple, dans les jeux à classes de personnages médiévaux-fantastiques comme Dungeon World ou encore Donjons & Dragons, la survie des personnages est fortement liée à l’éventail de compétences de ceux-ci.

Une équipe « classique » contient

  • un guerrier capable de protéger ses alliés,
  • un voleur doué pour désamorcer les pièces, partir en éclaireur ou encore crocheter une serrure,
  • un magicien capable d’attaquer à distance et de pallier à des situations imprévues par ses sorts,
  • un prêtre soignant ses compagnons.

Certaines classes sont à la frontière de deux archétypes classiques, comme le paladin par exemple pouvant se substituer au guerrier et au prêtre. Dans un jeu de science-fiction, comme Star Wars, une équipe complète contient généralement un pilote, un mécanicien, un soldat et un hors-la-loi… essayez toujours de mixer les talents et les possibilités des personnages.

Pour un premier personnage et une première partie, n’essayez pas non plus de faire un personnage « hors » du groupe. Si tous les joueurs créent des personnages appartenant à l’Alliance Rebelle dans Star Wars, vous ne pourrez pas décider de créer un officier impérial fidèle à l’Empereur et au seigneur Vador.

S’y retrouver parmi toutes les informations

La fiche de personnage est souvent assez dense et contient de nombreuses informations. Prenez le temps de la parcourir et de poser des questions au MJ si des éléments ne vous semblent pas clairs. Essayer de repérer dans quels domaines votre personnage excelle et dans quels autres il va avoir de grandes difficultés et servez-vous de ces deux éléments pendant la partie.

Plus que des personnages, une équipe

Les personnages des joueurs vont former une équipe plus ou moins soudée selon le jeu et les motivations de chacun. Toutefois, les talents et compétences des uns et des autres vont être complémentaires et il y a de grandes chances que chacun trouve dans la partie un moment « à lui ». Durant la partie, vous devrez collaborer et agir de concert pour atteindre les objectifs proposés par l’histoire.

Comment se comporter à la table ?

Une partie de jeu de rôle doit être un moment convivial.

Le temps de parole n’est pas mesuré comme lors d’un débat politique à la télévision, le MJ va animer la partie et donner la parole à chacun. A certains moments, le MJ va faire des tours de table lors des quels, il donne la parole successivement aux joueurs pour qu’ils puissent annoncer les actions qu’entreprennent leurs personnages.

Lorsqu’un joueur parle, les autres joueurs l’écoutent. D’une part, parce que c’est un point essentiel de la politesse et de l’autre, parce que les actions du personnage de ce joueur influent sur l’histoire au même titre que les actions des autres personnages. Peut-être que votre personnage pourra apporter de l’aide à un de ses compagnons pendant son action ? Peut-être avez-vous une information indispensable qu’il doit avoir avant de laisser un autre joueur se jeter tête baissée dans la mêlée ? Ce n’est pas parce que ce n’est pas votre tour que vous ne pouvez pas intervenir.

Par contre, ceci se fait toujours sans couper la parole et dans le respect d’autrui. Certes, vous avez peut-être un truc plus intéressant à dire qu’un autre joueur, mais ce n’est pas une raison pour lui couper la parole et dire qu’il est stupide… Chacun a autant le droit de participer à la partie que vous !

Pour finir, ne sortez pas votre téléphone mobile, ne lancez pas Angry Bird sur votre tablette, ne passez pas la partie à envoyer des SMS, ne discutez pas du film que vous avez vu la veille à votre voisin pendant la partie… et ne quittez pas non plus la table pour aller vous occuper d’autre chose en pleine action sous prétexte que c’est le tour d’un autre joueur… Rien n’est plus agaçant pour l’ensemble de la table d’attendre le retour d’un joueur parce que c’est à lui de jouer !

Après la partie…

Voilà, la partie est terminée ! Selon le jeu, le personnage et le MJ, vous pourrez peut-être rejouer ce personnage lors d’une prochaine partie. A chaque nouvelle aventure, le personnage pourra évoluer, gagner de nouvelles capacités ou encore améliorer ses chances de réussir une action particulière.

Il est intéressant à l’issue d’une première partie, si cette première expérience vous a plu, de participer à une partie d’un jeu différent, sur une autre thématique. Le jeu de rôle a l’énorme avantage de pouvoir se décliner sur une multitude de genre, depuis la science-fiction jusqu’à la fantasy, avec ou sans éléments surnaturels, orienté action ou diplomatie.

… et après quelques parties de découvertes

Voilà, vous êtes enfin un rôliste ! Les parties d’initiations ayant pour but de faire découvrir le jeu de rôle, je vous invite fortement à rejoindre d’autres joueurs pour découvrir plus de jeux et d’autres façons de jouer. SI vous cherchez un club ou d’autres joueurs, je vous renvoie vers l’annuaire des associations de jeux de rôle (le Thiase) ou vers le GPS Rôliste de Kerlaft (ici pour le département des Ardennes).

Devenir MJ ?

Vous voulez devenir meneur de jeu vous aussi ? Pourquoi pas ! Il existe aujourd’hui un grand nombre de kits d’initiation permettant de découvrir un jeu avec un minimum d’investissement en temps et en argent (certains sont même disponibles gratuitement sur les sites de leurs auteurs/éditeurs). Ces kits ont l’énorme avantage de proposer des personnages pré-tirés, des règles concises qui vont en plus vous guider dans leur apprentissage, et une aventure prête à l’emploi assez directive pour vous permettre de la mener à bien. Les Kits d’Initiations à Star Wars chez EDGE ou encore La boîte d’Initiation de Pathfinder chez Black Book Edition sont un excellent point de départ pour découvrir ce jeu par exemple. Ils permettent de se familiariser en douceur, aussi bien en tant que MJ qu’en tant que joueur, avec les règles et l’univers du jeu, bien plus dense dans sa version complète (une trentaine de page du côté kit d’initiation, contre presque 400 côté livre de règles complet pour Star Wars). Ces kits s’accompagnent de tout le matériel nécessaire pour jouer.

Star Wars aux Confins de l'Empire
Star Wars aux Confins de l’Empire, contenu de la boîte d’initiation

D’autres jeux sont prévus spécialement pour l’initiation ou permettent à de nouveaux joueurs de découvrir facilement le jeu. C’est le cas par exemple de Chroniques Oubliées chez Black Book Edition, ou encore de Dungeon World chez 500 nuances de Geeks.


Crédits photographiques : les héros du dessin animé Le Sourire du Dragon, adapté de Donjons & Dragons – par Gary Gygax et produit par TSR et CBS

Laurent Gärtner

Rôliste depuis plus de 25 ans, j'ai découvert le jeu de rôle à l'époque où L'Œil Noir se vendait en librairie, où Casus Belli publiait SimulacreS et Laelith et où les figurines Ral Partha se vendaient à 10f.

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