L’impopularité du jeu de rôle

Ce petit billet fait suite à la publication d’un strip animé de Malec sur Turbo Interactive sur le jeu de rôle qui a suscité de vives réactions sur Facebook, en particulier pour le caractère sexiste et raciste de certains propos. Au delà de certains dialogues très lourds, la caricature du maître de jeu expliquant le jeu de rôle à un néophyte est à mon sens très bien vue et dresse un portrait malheureusement trop répandu. Il m’est tout de suite venu à l’idée de faire un petit point sur une question : ne sommes-nous pas les premiers responsables de l’impopularité du jeu de rôle ?

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Quand nous créons notre impopularité

Humour pas forcément drôle, réflexions désagréables et même parfois violentes… au delà de tout ceci, l’attitude du rôliste est carrément bien rendue… oui, pas forcément de vous qui êtes en train de lire, mais ce cliché représente une attitude qu’on a déjà au moins une fois rencontrée, ou que nous avons déjà eue, vis à vis d’un néophyte, celle de tout faire pour lui être finalement antipathique. Pour ça les techniques sont nombreuses, et elles sont génialement toutes à la suite dans cette animation :

  • expliquer le jeu de rôle de façon très supérieure en évoquant plus le théâtre et le cinéma que le jeu – un jeu de rôle est une sorte de mélange entre théâtre d’improvisation, conte et jeu…
  • verser dans la supériorité, ce n’est pas un jeu, mais bien plus – le jeu de rôle, c’est quelque chose qui te permet de t’évader, de visiter des contrées perdues ou imaginaires, et même porter ton regard au delà de ce que les étoiles peuvent te donner
  • donner des exemples qui sont en totale opposition au côté noble et sérieux présenté juste avant – je peux être un survivant protégeant la vierge et l’orphelin dans un univers dévasté et contaminé ou bien une mercenaire usant de ses charmes pour arriver à ses fins
  • finir sur une remarque où il faut un minimum de connaissance en psychologie pour comprendre – le jeu de rôle ouvre ton cœur et ton âme à une catharsis puissante et désavouée
  • sans oublier de dénigrer une pratique ludique de son auditoire, ça va avec – pas comme ton jeu de poney débile où tu passe tes journées à ramasser du purin enchanté

A mon sens, si on m’avait présenté le jeu de rôle ainsi à l’âge de 13 ans quand j’ai commencé, je pense que je ne serais pas ici avec vous sur ce site… point par point, voici ce que ça peut donner sur un néophyte :

  • je veux jouer, je ne viens pas me prendre la tête sur du théâtre d’improvisation ;
  • qu’est ce que tu as pris ?
  • ha oui, effectivement : baston, viol, discours graveleux… c’est porter son regard bien au delà de ce que les étoiles peuvent te donner ;
  • le jeu de rôle est un loisir pour traumatisés refoulés qui refusent d’aller chez le psy ;
  • et c’est tellement supérieur à Angry Birds, …

Si ça n’était qu’une caricature, j’en rirais bien, mais combien de présentations du jeu de rôle, de définitions, de vidéos de vulgarisation peuvent parfois montrer les rôlistes comme des personnes méprisantes vis à vis des non-joueurs ? … d’après une autre vidéo qui présente le jdr, si tu t’appelle Kévin, tu pourras pas jouer aux jeux de rôle… cette caricature n’est donc pas si éloignée d’une partie des rôlistes non ? Je passe sous silence les longs monologues sur le jeu de rôle trouvables sur Youtube qui donnent surtout envie de ne pas pratiquer ce loisir, sinon, cet article n’aura pas de fin !

Plus léger et drôle et évoquant l’histoire du jeu de rôle en quelques minutes, Arte avait proposé dans un Personne ne bouge un petit point sur le jeu de rôle :

Ne nous montrons nous pas antipathiques dans le but d’avoir le droit à notre tour d’exclure de notre loisir ceux qui nous excluaient des parties de balle au prisonnier à l’école ? Une petite vidéo de l’époque se trouve à partir de 00:46 dans la vidéo ci-dessus et elle appuie exactement là où ça fait mal…

Gamin 1 -Est-ce que je peux jouer ?
Gamin MJ prétentieux – Euh, je crois pas, c’est trop compliqué, mais tu peux regarder. Comme ça, tu pourras, … comprendre le jeu.

Comment vaincre cette impopularité ?

Je ne suis pas convaincu que tous les rôlistes prêchent pour que le jeu de rôle devienne plus populaire, pas plus que pour le fait que tout le monde puisse apprécier ce loisir. Maître Sinh de 500 nuances de geek proposait il y a quelques temps de ne plus initier au jeu de rôle pour des raisons sémantiques… oui, ce terme a une connotation secte trop forte, est-il préférable alors d’organiser des parties de démonstration, de découverte ou de présentation ?

Il faut apprendre à expliquer le jeu de rôle, les règles, l’univers de jeu… apprendre à faire découvrir, être pédagogue vis à vis des non-rôlistes qui pourraient être intéressés par le loisir, de leur entourage (les parents de jeunes joueurs) mais aussi d’une partie des rôlistes qui souvent, en quelques phrases arrivent à faire fuir n’importe quel courageux qui se serait bien assis à une table pour jouer et découvrir le jeu de rôle.

La discussion est ouverte !


Crédit photographique : Harris (Stephen Lea Sheppard) dans la série Freaks and Geeks produite par Jude Apatow (1999)

Laurent Gärtner

Rôliste depuis plus de 25 ans, j'ai découvert le jeu de rôle à l'époque où L'Œil Noir se vendait en librairie, où Casus Belli publiait SimulacreS et Laelith et où les figurines Ral Partha se vendaient à 10f.

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  • rhodos

    Bah autant j’apprécie toujours de voir des nouveaux dans les assos de jdr, autant parfois, j’ai envie d’incarner un de mes (nombreux, trop nombreux) guerrier pour leur péter la margoulette !! Entre les questions cons, le nombre de fois où tu dois répéter inlassablement la même règle, présenter le jeux, expliquer que non, dans cthulhu on n’incarne pas un guerrier en armure, et que non bordel pas d’épée à la con, faire comprendre que tout ne repose pas sur les dés… alors ouai souvent je suis content des néophytes, mais parfois, j’ai vraiment envie d’en sacrifier un pour la gloire de cthulhu…

    • PzKd

      Sans vouloir tirer sur l’ambulance, introduire un néophyte dans le monde du JdR avec de l’Appel de Cthulhu c’est, de base, le mauvais plan. Un p’tit nouveau qui débarque dans le monde du JdR pour ses premières parties va vouloir jouer un super-guerrier, jeter des dés régulièrement et tirer sur/éventrer/écraser/astro-poutrer des trucs.

      Au fur et à mesure que son expérience croît, ses goûts vont s’affiner et il va naturellement se tourner vers des JdR plus cérébraux et moins portés sur les carac’ de nos persos.

      TLDR : Call of Cthulu en première partie, non. D&D4, Only War, Z-Corps et autres PMT, oui.

      • Laurent Gärtner

        Bonjour PzKd,
        Pour ma part, j’utilise l’Appel de Cthulhu pour des parties d’initiation et ça se passe très bien, à condition d’être indulgent sur les connaissances « lovecraftiennes » des joueurs et en leur donnant un défi à leur niveau. Si ça t’intéresse, j’ai rédigé début septembre un article à ce sujet avec une version « light » de Cthulhu et un scénario tout prêt pour être joué en 1h/1h30 par des joueurs débutant en guise de découverte du jeu de rôle.
        http://portes-imaginaire.org/rubriques/comment-tu-joues/manoir-forester/

      • patatedestenebres

        Bonjour PzKd,
        la grande majorité de mes nouveaux et nouvelles ne viennent pas pour jeter les dés ou agir de manière aggressive, la plupart viennent en me réclamant d’ailleurs du Cthulhu, qui est au contraire parfait pour faire découvrir le loisir. Après, comme je refuse les rôlistes à ma table, j’ai certainement un public différent, mais comme ce sont des gens entre 12 et 64 ans, je peux affirmer que très peu souhaitent bourriner, mais plutôt passer un bon moment avec des ambiances leur permettant de s’évader.

    • les questions ne sont con que pour toi qui connaît déjà le loisir sur les bouts des doigts
      faut savoir être plus patient que ça ^_^

  • c’était surtout vrai avant que notre loisir était impopulaire
    impression ça a changé (et en mieux)

    • Laurent Gärtner

      pas totalement quand même, je croise encore pas mal d’irréductibles rôlistes qui ne peuvent s’empêcher de porter des jugements de valeurs sur tout et n’importe quoi (FB en est plein, mais en IRL aussi j’en croise quelques fois). Ces jugements ont souvent un but sous-entendu : montrer qu’on sait des choses… j’ai quelqu’un récemment IRL qui m’a exposé comment j’aurais mieux fait de faire du Cthulhu en partie de découverte en citant une partie que j’avais moi-même maîtrisé quelques années avant (hahah :D). Cet étalage de connaissances est souvent l’un des freins pour n’importe quel joueur débutant un peu intéressé qui va fuir ce jargon et cette impression d’élitisme (il faut connaître beaucoup de chose pour mériter de s’installer à la table)

      • Plusieurs de mes nouveaux m’ont en effet parlé d’expériences avec des rôlistes, expériences douloureuses et vexantes, ce qui m’étonne tout de même beaucoup de nos jours, où ces gens en club devraient ne plus être les mêmes qu’il y a 30 ans. Après, l’évident aspect pédagogique du loisir leur passer sûrement par-dessus la tête, et l’ouverture vers les autres peut prendre du temps.

  • par contre d’accord sur notre responsabilité
    je pense avoir empêché à tout jamais ma compagne de faire du jeu de rôle en n’étant pas assez souple lorsque je le lui ai fait découvert, va falloir que je travaille sur le sujet

    • Laurent Gärtner

      je en sais plus sur quel principe j’avais vu ça à l’origine, que je transpose régulièrement dans dans le JdR : il faut 1 heure pour convaincre de ses points positifs du JdR, mais il suffit d’une seconde pour tout foirer… en gros, même si tu arrive à convaincre quelqu’un a s’asseoir à une table de jeu, tous les arguments positifs, le bon temps qu’il passera et autre sera gommé à la première réaction stupide qui se déroulera à la table.

  • Je pense qu’il y a véritablement un problème entre deux populations distinctes : les fameux « initiés » (ceux qui ont construit une partie de leur identité avec ce sentiment d’appartenance au monde du jeu de rôles) et les « béotiens » (ceux qui ne prennent le jeu de rôles que pour ce qu’il est, un jeu).

    A mon sens, les MJ initiés n’acceptent que très peu l’arrivée de novices à leur table, parce qu’ils ne leur renvoient pas l’image valorisante du joueur qui s’implique à 200% pour faire honneur au travail scénaristique fait en amont.

    C’est triste, et j’ai pu le constater plusieurs fois dans les salons de jeux, lorsqu’on prend le temps de se mettre à la portée des joueurs novices et de descendre un peu de son piédestal, on découvre des gens qui aimeraient jouer plus souvent aux jeux de rôles, mais peut être pas en se prenant autant au sérieux que certains joueurs hardcore…

  • patatedestenebres

    le sujet me semblait un poil dépassé, mais finalement et tristement, j’ai en effet l’impression que ces fameux rôlistes orthodoxes existent toujours. Fort heureusement, il me semble qu’ils se regroupent entre eux, dans ces fameux clubs et assos qui m’ont fait fuir il y a trente ans. En dehors, dans la vraie vie, je propose des sessions découvertes jdr depuis une bonne dizaine d’années et depuis vraiment trois ou quatre ans, j’ai beaucoup, beaucoup, de curieux et curieuses, à tel point qu’il faut programmer un mois à l’avance des tablées de 6 avec liste d’attente, et que ce soit pour du Cthulhu, du D&D ou d’autres classiques. Très peu n’aiment pas, beaucoup reviennent, certains et certaines même tous les week end!

    Le « problème » ne touche en fait qu’une minorité de rôlistes, jouant entre eux et n’ayant sûrement ni l’envie, ni les clés pour se tourner vers l’extérieur, ce n’est pas un comportement propre à cette communauté, et peut-être que c’est dommage, bien que je ne vois pas trop pourquoi s’en préoccuper. Les initiatives sont partout et la demande pour découvrir le loisir importante, si cette fameuse « communauté » n’est pas capable de s’ouvrir aux autres, ma foi, peu importe. Pour ma part, je demande à ces rôlistes de ne pas venir à ma table, car ils plombent invariablement l’ambiance avec leurs réflexes de dix ans de jeu et leurs anecdotes dont les nouveaux et nouvelles n »ont que faire.

    Impopulaire le jdr? Vraiment je ne vis pas ça du tout depuis des années, bien au contraire, mais en effet, le joueur hardcore ne se retrouvera sûrement pas dans les attentes des néophytes, possédant bien plus de références que jadis (peu après le néolithique) mais ne voulant pas se prendre la tête avec de la mécanique bien pesante. La formule qui marche du tonnerre; Improvisation totale, pas de règles, pas de dés, univers se construisant ensemble sur le moment et selon les envies, eh bien ça, les rôlistes purs et durs venant s’y essayer n’aiment pas, ne comprennent même pas, et c’est bien triste je trouve.

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